Mise en place d’Indicateurs piézométriques sur le réseau de suivi du Conseil départemental de l’Hérault pour accompagner le Comité de Ressource en Eau dans la prise de décision de restrictions

Nicolas Lienart - Conseil Départemental de l’Hérault

Le Conseil départemental de l'Hérault a défini en 2024 des indicateurs piézométriques sur les stations de son réseau de suivi des eaux souterraines. Cette action permet d'objectiver des seuils et de contribuer activement au comité "ressource en Eau" piloté par la DDTM34 afin de gérer les périodes de sécheresse.

Afin d’anticiper l’organisation de gestion de crise dans le cas de sécheresse et de pénurie d’eau, les préfectures mettent en place des arrêtés-cadres « sécheresses » qui définissent en amont les règles à appliquer pour assurer les usages prioritaires dans le respect des équilibres naturels. Ces règles sont mises à jour régulièrement en intégrant les expériences passées.

Suite aux sécheresses successives de 2023 et 2024, le préfet de l’Hérault a décidé de renforcer le cadre réglementaire des mesures de restrictions sur les prélèvements et les usages de l’eau dans le département.

Une révision de l’arrêté cadre départemental sécheresse (ACD) en vigueur a été engagée durant l’hiver 2024/2025. Le travail a démarré par un retour d'expérience de l’année 2024 encore marquée par une sécheresse importante, en particulier dans l'ouest du département (Biterrois, Minervois...). Ensuite, une concertation de tous les acteurs de l’eau réunis en Comité Ressource en Eau (CRE) a permis de proposer une nouvelle version de l’arrêté, basée sur un équilibre entre la préservation de la ressource en eau et les besoins économiques, agricoles et sociaux du territoire. Le projet a été soumis à une consultation publique et aux commissions locales de l’eau.

Le nouvel arrêté cadre départemental est entré en vigueur le 1er mai 2025. Il intègre notamment :

  • la création d'une nouvelle zone d'alerte relative aux zones karstiques du centre du département (zone n°21 - voir carte suivante),
  • la désignation de stations piézométriques de référence par zone et la définition de seuils piézométriques pour les eaux souterraines en complément du suivi des cours d'eau, en particulier en période hivernale.

Création d’une nouvelle zone d’alerte

Dans l’Hérault, 95% de l’eau potable provient des eaux souterraines. En tant que membre du CRE, le Conseil départemental de l’Hérault (CD34) apporte une expertise pertinente grâce à son réseau piézométrique de 90 stations de mesures, auquel s’ajoutent les 18 stations du réseau national gérées par le BRGM et les 4 stations du Syndicat de la nappe astienne (SMETA).

Ainsi, lors des ateliers de travail sur l’ACD, le service Hydrogéologie du CD34 a proposé la création d’une nouvelle zone (la zone n°21) située au centre de l’Hérault entre Clermont l’Hérault, Bédarieux, Vieussan, Magalas et Fontes. Ce secteur rattaché précédemment à la zone 7 (« vallée de l’Hérault ») montrait un fonctionnement hydrogéologique totalement déconnecté des ressources de la zone 7 (en majorité alluviales et de type « karst profond »). Il était alors difficile de préconiser une gouvernance adaptée sur les restrictions à mettre en œuvre. Les deux EPTB concernés ont été consultés pour élaborer l’emprise du projet. La zone 21 a été proposée et validée par le CRE. Ce nouveau découpage a été éprouvé lors de la sécheresse 2025 et a démontré toute son utilité par une gouvernance adaptée à chaque territoire.

Délimitation des zones d’alertes du département de l’Hérault – Arrêté cadre sécheresse (Source : Préfecture de l’Hérault)

 

Définition de seuils piézométriques pour les eaux souterraines

Afin d’objectiver la fourniture d’indicateurs sur les eaux souterraines pour chaque zone de l’ACD, le CD34 a proposé de désigner des stations piézométriques de référence sur chaque zone et de mettre en place des Indicateurs Piézométrique Standardisés (IPS) selon les modalités proposées par le BRGM sur la base nationale ADES. Pour les stations ne disposant pas d’un historique de plus de 15 ans (condition minimale pour calculer un IPS), un Indicateur de Positionnement (IP) a été défini. Il disparaitra lorsque l’historique de la station atteindra 15 ans et que l’IPS deviendra calculable. Ainsi, toutes les zones de l’ACD ont donc été pourvues de 1 à 5 piézomètres de référence, le nombre variant selon l’étendue géographique, la spécificité hydrogéologique et la présence de station sur la zone. Cela représente un total de 36 piézomètres de référence pour 21 zones d’alertes.

Durant la période de hautes eaux, les indicateurs piézométriques fournissent également au CRE un état de la recharge des aquifères. Cet état des lieux permet d’évaluer la situation hivernale des eaux souterraines, d’anticiper la saison estivale à venir et notamment le risque de déficit quantitatif.

Carte des piézomètres de référence de l’arrêté cadre sécheresse (Source : Préfecture de l’Hérault)

Le calcul de l’IPS ou de l’IP définit 7 classes piézométriques autour d’une moyenne, allant de très bas à très haut. Cette classification apporte une vision statistique du niveau de chaque nappe. Afin de créer un véritable outil d’aide à la décision, il a été nécessaire de transformer ce classement de catégories de niveaux pour faire émerger les 4 seuils de restrictions de la sécheresse : Vigilance, Alerte, Alerte Renforcée, Crise. Les correspondances suivantes ont été retenues :

  • Zone entre la moyenne et la limite de modérément bas = Vigilance
  • Zone Modérément bas = Alerte
  • Zone Bas = Alerte Renforcée
  • Zone Très bas = Crise

Les données de l’IPS étant traitées mensuellement, chaque station possède donc un tableau à 12 lignes et 4 colonnes, ainsi qu’un graphique des seuils. Ces caractéristiques ont été annexées à l’ACD. Ainsi, la lecture de la situation peut se faire sur le graphique ou par positionnement de la valeur dans le tableau.

Exemple du tableau et des courbes de seuils pour un piézomètre de référence (Source : Préfecture de l’Hérault)

A compter de 2025, lors de chaque réunion CRE, le CD34 a fourni un tableau de l’état des piézomètres de références en indiquant la catégorie de restriction de chacun. Cette approche permet de fournir un état des lieux objectif et basé sur la réalité des mesures. Néanmoins, la connaissance des ressources et de leur fonctionnement permet parfois de relativiser certaines situations. Ainsi, dans un cas d’alerte renforcée, les aquifères capacitifs et avec une inertie assez forte ont une aptitude à se maintenir sur plusieurs semaines à plusieurs mois malgré un niveau bas, et au contraire les aquifères peu capacitifs avec une dynamique rapide doivent nous alarmer dès les premiers signes de niveaux bas car la dégradation de leur état peut s’accélérer. A l’issue de la première période d’essai lors de l’été 2025, ces indicateurs ont permis de faciliter la transmission des données sous la forme d’un document synthétique, d’améliorer la compréhension de l’information et de faciliter les échanges en CRE sur le classement de chaque zone.

En conclusion, la mise en place d’indicateurs piézométriques permet d’objectiver la fourniture de valeurs pour faciliter la prise de décision sur les restrictions à mettre en œuvre sur chaque zone de l’Arrêté Cadre Départemental « sécheresse ». S’agissant du risque de tension pour l’alimentation en eau potable, une bonne connaissance des ressources est néanmoins indispensable et la contribution d’hydrogéologues experts du territoire peut permettre de relativiser la situation. Il est également nécessaire d’établir un lien réciproque avec les eaux de surface en échangeant avec les structures de gestion du territoire pour disposer d’une vision systémique, permettant d’anticiper la dynamique d’évolutions des ressources en eau. Enfin, ce travail n’aurait pas été possible sans la présence préalable de réseaux de suivi et d’un historique assez long. L’implantation de réseaux de suivi piézométrique et hydrométrique est donc un prérequis essentiel et pourra s’avérer rapidement indispensable pour évaluer les impacts du changement climatique sur les ressources et pour adapter les modalités d’une gouvernance la plus juste entre tous les usages et le respect du milieu.

Sources :

https://www.herault.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement-eau-chasse-risques-naturels-et-technologiques/Eau/Secheresse

https://ecleo.herault.fr/webnapp/200_Piezometrie/frmSuiviPiezoNappe.aspx

https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/indicateur-piezometrique-standardise-ips-gestion-ressource-eau