Bruno de Grissac, Mélanie Erostate – SMEGREG, EPTB des Nappes profondes de Gironde
Alors que la gestion quantitative des nappes repose généralement sur le suivi des niveaux piézométriques, en Gironde, la spécificité de certaines ressources impose de raisonner autrement.
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La gestion des nappes d’eau souterraine repose généralement sur le suivi des niveaux piézométriques. Ce niveau est considéré comme une jauge avec l'idée qu'une gestion équilibrée doit permettre de retrouver un niveau comparable d'une année sur l'autre. Cette approche suppose un équilibre annuel entre les prélèvements et la recharge. En Gironde, la spécificité des ressources impose de raisonner autrement. Contrairement aux nappes superficielles, qui se renouvellent chaque année grâce aux précipitations, les nappes dites « profondes » - ou nappes captives à grande inertie pour les initiés – sont relativement isolées de la surface. Cette inertie explique que les prélèvements ne soient pas compensés à court terme par de nouvelles entrées. Pour illustrer schématiquement cette situation, si nous considérons uniquement l'alimentation directe depuis les zones d'affleurement des formations aquifères, il faut attendre que l'onde de dépression générée par un prélèvement atteigne ces affleurements pour que débute une compensation. Et dans le cas de la nappe de l'Eocène, pour un forage au droit de Bordeaux, il faut théoriquement attendre plus d'un siècle. En l'absence de compensation des volumes prélevés sur le court terme, la gestion de ce type de nappe revient à gérer un déséquilibre qui se traduit, même si les prélèvements sont raisonnés, par une baisse tendancielle des niveaux piézométriques sur plusieurs décennies (Figure 1). |
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Figure 1 : Chronique piézométrique de l’ouvrage n°BSS001YQDV sur la commune de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde)
Qui plus est, compte tenu de l'extension des réservoirs (plus de 10 000 km² pour l'Eocène par exemple) aucun piézomètre ne peut à lui seul servir de jauge. Et si on tente de prendre plusieurs piézomètres, les niveaux peuvent descendre sur certains et remonter sur d'autres au gré des variations des volumes prélevés sur les ouvrages les plus proches.
Alors comment juger de l'état de la réserve ? En calculant des bilans, dans un modèle numérique dédié, modèle qui permettra de simuler des scénarios d'exploitation sur le long terme et de vérifier que la ressource peut ou non les supporter (Figure 2).

Figure 2 : Exemple de sortie de simulation du modèle : variation de la réserve simulée pour la nappe de l’Oligocène à l’horizon 2050, comparant deux scénarios climatiques. Le premier correspond aux conditions climatiques de référence, définies comme la moyenne des conditions observées sur la période 1991-2020. Le second scénario s’appuie sur les projections climatiques du GIEC selon le scénario RCP 8.5, représentant une trajectoire d’émissions élevées.
Cela-étant, une gestion piézométrique n'est pas totalement écartée pour les nappes profondes de Gironde. En effet, comme le stipule le SAGE éponyme arrêté en 2003, la gestion des nappes captives à grande inertie s'appuie sur :
- une gestion en bilan à grande échelle, plusieurs centaines à plusieurs milliers de km²,
- une gestion locale en pression, à l'échelle de quelques dizaines de km², pour maîtriser des risques d'intrusion dans les réservoirs ou, à l'inverse, garantir un flux minimum sortant au profit de milieux ou d'usages tributaires.
Cette gestion en niveau fait figure d’anecdote en Gironde pour les nappes profondes : elle est considérée comme pouvant être utile sur 1 % du territoire (soit environ 100 km² sur 10 000 km²) et n'a été réellement déployée que sur une surface très limitée, pour maîtriser un risque de dénoyage dans une nappe dite profonde mais proche de la surface !
A ce jour, une seule gestion piézométrique est opérationnelle. Elle vise à maîtriser le risque de dénoyage d’une nappe très exploitée. Dans la pratique, elle ne s’appuie pas sur le niveau observé dans un ouvrage de référence mais se traduit par un rabattement maximum admissible dont la valeur est propre à chacun des forages exploités dans la zone à risque et inscrite dans l’arrêté préfectoral d’autorisation.

Dordogne à Ste Foy La Grande