Sandra CARCAUD - Syndicat Départemental d’Alimentation en Eau Potable des Côtes d’Armor
Grâce à une action foncière forte et une révision de son périmètre de protection, le Syndicat de la Vieille Lande vient d’aboutir à la suppression de l’usage des produits phytosanitaires sur le périmètre de son captage.
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| Vue du captage et de la station de la Motte es Ribourdouille Source : SDAEP22 - septembre 2023 |
Dans un contexte de raréfaction de la ressource, la préservation de l’ensemble des captages du département des Côtes-d’Armor est primordiale.
Le Syndicat de la Vieille Lande exerce la compétence eau potable sur 3 communes du Centre-Bretagne (Gomené, Laurenan, commune déléguée de Plessala - Le Mené). La population desservie est estimée à 3 900 habitants1. Il produit environ 110 000 m3/an à partir de deux captages de petites profondeurs. Le Syndicat bénéficie d’apports en provenance d’un barrage pour compléter sa production (50 à 70 % du volume distribué).
Le Syndicat a engagé des actions similaires sur ses deux périmètres de captage : La Bernardais, problématique nitrates ; La Motte es Ribourdouille, problématique pesticides. Le présent article présente celles réalisées sur celui de la Motte es Ribourdouille.
Le captage de la Motte es Ribourdouille
Le captage de La Motte es Ribourdouille est représentatif des petits captages en eau souterraine du département. Il capte l’aquifère contenu dans l’altération des schistes du briovérien. Il est situé en tête de bassin versant, en fond de vallon, avec des pentes de l’ordre de 7 %. Le puits est maçonné et profond de 7,6 m. Il est exploité par pompage à un débit de 18 m3/h. La production annuelle, sensible à la pluviométrie, fluctue entre 65 000 à 95 000 m3. Le traitement est le suivant : aération, neutralisation, chloration.
Un arrêté de périmètre de protection obsolète
Le captage est protégé par un périmètre datant de 1988. Il couvre une surface de 23,5 ha (zone rapprochée sensible : 7,05 ha ; zone rapprochée complémentaire : 16,30 ha). Les cultures sont autorisées y compris dans la zone sensible. Des coulées de boue, liées au ravinement, arrivent jusqu’au captage. Le Syndicat est propriétaire d’un peu plus de 3 ha (prairie permanente, boisement). Le périmètre est majoritairement cultivé (62 % des surfaces).
Au regard des risques induits par les cultures en bordure du périmètre immédiat, le Syndicat a engagé, fin 2018, la révision de son périmètre de protection. Le Syndicat Départemental d’Alimentation en Eau Potable des Côtes-d’Armor l’a accompagné techniquement dans la démarche.
En avril 2021, l’intégration des nouveaux métabolites dans le contrôle sanitaire a mis en évidence leur présence (certains interdits d’usages depuis plusieurs années). Ce constat a conforté le Syndicat dans son choix de révision mais en s’orientant vers un objectif d’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires sur l’ensemble du périmètre.

Figure 1 : Évolution des teneurs des principaux métabolites de pesticides détectés depuis 2017.
La révision du périmètre
L’aire d’alimentation de captage délimitée couvre une surface de 26 ha dont 71 % couvert par les périmètres actuels. L’hydrogéologue agréé a proposé de conserver l’enveloppe des périmètres existants en modifiant les zonages et les prescriptions (intégration de la demande d’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires du Syndicat).
L’arrêté préfectoral modificatif a été pris en date du 3 octobre 2022 en suivant l’avis de l’hydrogéologue agréé.
Tableau 1 : Répartition des surfaces avant et après révision.

L'outil foncier
En parallèle de la révision, le Syndicat a saisi l’opportunité d’une acquisition de parcelles agricoles dans et en dehors du périmètre via un portage foncier par la SAFER Bretagne. L’échange de parcelles (3 exploitants concernés) a abouti à la maîtrise du foncier sur 8,8 ha supplémentaires. L’interdiction à venir des produits phytosanitaires a convaincu d’autres propriétaires (acquisition de 4,9 ha à l’amiable). Les parcelles restant en zones très sensible seront boisées par le propriétaire. Seuls 0,7 ha restent en terre arable.
A l’issue des échanges et nouvelles acquisitions, le Syndicat est propriétaire de 17,2 ha (73 % du périmètre) (Figure 2).

Figure 2 : Périmètres de protection révisés et maîtrise du foncier.
L'aménagement et l'entretien du foncier
Le Syndicat, via un appel à candidature, à confier l’entretien de ses parcelles non boisées (15,7 ha) à des exploitations agricoles pour de la fauche exportation stricte. Un programme d’aménagement bocager a été mis en œuvre sur un linéaire de 2 km de haies sur talus. Les travaux ont été finalisés en 2023.
Les coûts
Le coût de la démarche (études, acquisitions, procédures, indemnisations, aménagements bocagers) s’élève à 145 000 € subventionné à 50% par l’AELB et le Syndicat Départemental d’Alimentation en Eau potable des Côtes-d’Armor.
Une solution inspirante
La maîtrise du foncier a facilité la procédure de révision des périmètres et le passage au « 0 phyto ». Le suivi de la qualité de l’eau permettra de constater l’évolution des teneurs en pesticides et de leurs métabolites en absence de nouveaux apports.
Cette démarche inspire déjà plusieurs autres maîtres d’ouvrage dans les Côtes d’Armor. A cet effet un guide a été produit afin d’aider les maîtres d’ouvrage dans leur démarche de révision : Guide de révision des périmètres de captage en eau souterraine Côtes d'Armor. Les nouveaux périmètres ont vocation à renforcer les prescriptions sur les pollutions diffuses et à être étendus à l’aire d’alimentation.
Note & références







