La France métropolitaine a connu cet été un épisode de sécheresse exceptionnel. A la mi-septembre, 88 départements de France métropolitaine étaient concernés par au moins un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau, dont 51 en alerte rouge "crise". Petit tour de France sur l’état des ressources, au travers des témoignages des hydrogéologues départementaux
Département de l'Hérault
Nicolas LIENART- Hydrogéologue départemental
Les eaux superficielles ont connu cet été des situations très tendues avec des assecs sur les affluents. Les principaux cours d’eau ont survécu grâce aux sources situées en tête de bassins versants. Cependant, malgré un déficit de recharge lié à un déficit pluviométrique important durant l’hiver 2018/2019 (40 à 60%), les eaux souterraines se sont maintenues tant bien que mal. A l’exception de deux ou trois stations de suivi en déficit depuis le début de l’été (niveau inférieur à 2003), les 52 stations du suivi piézométrique stratégique de l’Hérault ont affiché des niveaux normaux à bas et en baisse tout l’été, voire même depuis janvier sur de nombreux secteurs. La décroissance des courbes étant plus amortie que les tendances statistiques, l’état des eaux souterraines a permis le maintien du département en « alerte renforcée » sans franchir le cap de la « crise ».
A la mi-septembre, les niveaux ont commencé néanmoins à franchir les courbes des minima historiques (environ 16 ans de mesures). En effet, ces courbes statistiques traduisent les phénomènes classiques enregistrés depuis la mise en service et la saison est coutumière d’apparition des premières pluies entre le 15 août et le 15 septembre. Cependant, l’absence de précipitations conduit les courbes de niveau de 2019 à poursuivre leur décroissance alors que les tendances statistiques remontent, y compris pour les minimas. La conséquence est sans appel et les courbes passent le seuil le plus bas. Les pluies sont donc fortement attendues pour reconstituer les réserves de façon progressive.

Suivi piézométrique 2019 du forage de la Bergerie à Saturargues (34)
Département de la Sarthe
Gérard RICO - Hydrogéologue départemental
Plusieurs bassins du département sont restés en restriction totale d’irriguer jusqu’à la fin de la campagne. A la mi-septembre, les mesures faites sur 30 piézomètres du réseau départemental ont permis de quantifier l’état des ressources, allant de « sous la moyenne » à « sécheresse à période de retour 20 ans ». Le Département met en place depuis 2 ans un outil de suivi des nappes aquifères à fort enjeu AEP et fragiles (en débit) avec le concours des services d’eau potable en régie ou sous délégation (fermiers). Le travail s’amorce avec des retours difficiles des données. Il faudra encore du temps pour que ces données soient exploitables statistiquement comme on peut le faire avec le réseau piézométrique départemental. »
Département du Morbihan
Arnaud LE GAL - Hydrogéologue départemental
Avec les Côtes d’Armor voisines, le Morbihan est le seul département sans vigilance ni restriction à l’échelle métropolitaine. La pluviométrie dans la moyenne l’hiver dernier a permis une recharge correcte des nappes. Le printemps a été relativement sec (mars à mai) ce qui a mis le département en pré-alerte à la mi-mai (sur les stocks d’eau brute superficielle). Les précipitations abondantes et efficaces de juin (environ 120 mm sur l’ensemble du département) ont fait remonter les nappes et les débits de base des cours d’eau au-dessus des moyennes. Malgré un mois de juillet très sec (quasi pas de pluie), la première quinzaine d’août a été pluvieuse au point de refaire passer certaines de les retenues en trop-plein. Depuis mi-août la situation est à nouveau dans des conditions de sécheresse superficielle, mais dans un département soumis à des variations importantes de besoins en eau potable sur la frange littorale (tourisme), les risques de tensions sur la ressource en eau se sont éloignés.
Département du Cantal
Emilie SOLIGNAC - Hydrogéologue départemental
Le Cantal a connu durant de nombreuses semaines une situation de sécheresse prononcée. Les cumuls pluviométriques depuis le début de l’année sont déficitaires sur tout le département, ce qui a engendré une baisse des niveaux des cours d’eau et des sources. Au 12 septembre, l’ensemble du département a été placé en crise par arrêté préfectoral : tous les usages de l’eau, à l’exclusion de ceux répondant aux exigences de santé, de la salubrité publique, de la sécurité publique et de l’alimentation en eau potable destinée à la consommation humaine et animale, ont été interdits. Cette situation est tout à fait inédite ! La Mission d’Assistance à la Gestion de l’Eau du Conseil départemental du Cantal réalise un bulletin de suivi des eaux souterraines tous les trimestres (tous les mois quand le contexte l’exige). Elle sensibilise les collectivités en les incitant à suivre régulièrement leurs ressources pour prévenir les pénuries d’eau et envisager des solutions de transport d’eau par citerne en situation d’urgence ou d’interconnexions à plus long terme. Elle communique également auprès des agents du Conseil départemental pour inciter à réduire les consommations en eau pour préserver la ressource, à titre professionnel et personnel.
Mais la sécheresse a aussi des intérêts !
Nicolas LIENART - Département de l’Hérault
La sécheresse s’accompagne souvent de son lot d’inquiétudes avec des assecs ou étiages sévères sur les eaux superficielles et des niveaux piézométriques très bas, entrainant parfois des dénoyages de pompes. On peut également la voir comme une opportunité pour réaliser des études et des mesures dans cette période critique.
C’est donc le moment de mesurer les débits d’étiages des sources : chronomètre dans une main, seau gradué dans l’autre… et c’est parti. Vous ne pouvez pas mesurer partout. Vous pouvez le demander aux employés communaux, ce type de mesure est facile à réaliser et ces données sont très utiles sur le long terme. La mise en place d’un suivi piézométrique dans les forages exploités permet d’obtenir les niveaux statiques et dynamiques en étiage. Cela permet d’évaluer la bonne position de la pompe et l’impact du prélèvement.
Si vous avez peu de données sur le forage, profitez-en pour lancer un pompage d’essai sur 24 ou 48 heures, et pourquoi pas quelques paliers ! Si vous avez réalisé des forages de reconnaissance dans le cadre de recherche d’eau, c’est aussi le moment idéal pour tester les capacités de l’ouvrage et de l’aquifère. Lancez vos pompages d’essai… sans oublier de suivre les autres points du système.
Bref, vous l’aurez compris, on peut voir le verre à « moitié plein » et se dire que la sécheresse nous permet aussi de dresser un bilan sur les eaux souterraines en situation critique. Toutes ces données seront très utiles lors des actualisations ou réalisations des DUP, lors des demandes d’augmentation de prélèvement ou encore lors de la mise en place de débit réservé au milieu. A vos sondes… à vos chronomètres…





