Nappes captives à grande inertie : quand crise ne rime pas avec sécheresse !

Mélanie EROSTATE - Institution Adour

Après cette sécheresse historique, le respect d’un équilibre entre recharge et prélèvements est plus que jamais une priorité. Pourtant, cet objectif est loin d’assurer la durabilité de toutes les ressources… 

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Recharge hivernale, étiage estival : la norme mais pas l'exhaustivité

L’été 2022 aura marqué les esprits, rendant un peu plus concret les effets du changement climatique et le besoin de se préparer à vivre des crises plus fréquentes et plus sévères. En ce mois de janvier, les regards restent rivés sur les prédictions de précipitations et la recharge des nappes (superficielles) dans l’appréhension de la prochaine saison estivale.

Les stratégies de gestion quantitative, à l’image de celle du Bassin Adour Garonne, ciblent notamment l’atteinte d’un équilibre entre recharge et prélèvements, pour contribuer à réduire les périodes de gestion de crise « sécheresse ». Cependant, toutes les ressources ne sont pas soumises au cycle hydrologique annuel (recharge hivernale, étiage estival) et nécessitent de fait le déploiement d’une stratégie adaptée pour garantir leur durabilité.

Penser grand, spatialement et temporellement

Souvent simplifiées sous le terme de « nappes profondes », les nappes captives à grande inertie se caractérisent par un cycle de renouvellement extrêmement long (centaines d’années), de très loin supérieur à celui des nappes superficielles (annuel à pluriannuel). Autrement dit, il n’y a pas de « remise à zéro » chaque année des stocks qui seront disponibles pour l’année suivante ; pas d’équilibre entre recharge et prélèvement. Au contraire, la gestion des nappes profondes consiste plutôt à gérer un déséquilibre. Assurer la durabilité de l’exploitation revient à s’assurer que la diminution de la réserve, que peut faire apparaître le calcul des bilans annuels à moyen et long termes (plusieurs décennies a minima), ne remet pas en cause la pérennité de la ressource.

Cette inertie, rendant si complexe et singulière la gestion de ces ressources, prodigue cependant un avantage considérable : les prélèvements ne sont pas limités par l’étiage estival. Pour faire face aux crises, la tentation de substituer les prélèvements de surface par des prélèvements en souterrain profond, en périodes de crise ou durablement, pourrait être grande.

Reste à garder à l’esprit deux choses :

  • les nappes profondes se souviennent plus de la manière dont on les exploite (densité des ouvrages) que des volumes que l’on extrait. Le respect de volumes prélevables n’est donc pas suffisant à lui seul pour garantir la durabilité de ces ressources ;
  • le changement climatique n’impactera ces ressources qu’à moyen terme, mais les effets seront plus durables qu’en surface et, à ce jour, extrêmement complexes à prédire et à intégrer dans les stratégies de gestion. Pour ces ressources inertielles il s'agit plus d'éviter la crise, potentiellement devant nous, que de contribuer à réduire les périodes de gestion de crise. 

 

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