L'eau ne suffit pas…

Bruno JEUDI de GRISSAC – Directeur du SMEGREG – EPTB des Nappes profondes de Gironde

Changement climatique oblige, l'eau sera moins facile d'accès dans le futur. Il convient donc de prendre des dispositions pour que la ressource soit accessible quand nous en aurons besoin. Mais pour quoi faire, ce que nous faisons déjà, ou autre chose ?

Lambon

Photo J.-C. Rossi - Sud-Ouest

Le changement climatique n'est plus une hypothèse mais un fait et ses conséquences en matière de précipitations dérégulées et de températures excessives sont identifiées.

L'un ou l'autre de ces deux aspects du changement climatique s'impose à l'esprit en priorité selon le contexte dans lequel nous nous projetons pour imaginer notre futur.

Ainsi, pour le milieu urbain par exemple, c'est la température qui a d'abord été évoquée avec notamment le sujet des "îlots de chaleur". Ce n'est que dans un second temps que la question de la ressource en eau, nécessaire pour rafraichir la cité en la végétalisant, est devenue prégnante.

Pour l'activité agricole c'est la raréfaction de la ressource en eau, ou tout au moins sa moindre disponibilité, qui est la première préoccupation. Si nous nous limitons à cet aspect du défi que devra relever notre agriculture, la solution apparait évidente : stocker l'eau lorsqu'elle est abondante, voire surabondante, pour l'amener aux cultures quand elles en auront besoin.

Bien entendu, dans certains cas, comme par exemple dans les terroirs viticoles girondins, où les vignes ne sont pas irriguées, la question des températures a constitué le premier sujet d'inquiétude : nos cépages traditionnels sont-ils adaptés aux conditions du futur ? Comme pour l'habitat urbain, passé cette interrogation relative aux températures, la question de la ressource en eau qui permettrait d'irriguer la vigne est désormais dans la tête de certains.

Mais revenons aux cultures irriguées, pour lesquelles stocker l'eau apparait être une solution de bon sens qui devrait permettre de pérenniser les pratiques agricoles d'aujourd'hui.

Né et vivant dans une région où l'on pratique la culture du maïs depuis plus d'un demi millénaire, c'est cette plante emblématique qui va servir d'illustration à mes propos.

Si j'en crois des articles parus récemment dans la presse régionale grand public et dans la presse nationale spécialisée, la production de maïs semence est anormalement faible cette année (peut-être le plus faible résultat historique rapporté aux objectifs de la filière si j'en crois la presse spécialisée).

La cause n'est pas que le manque d'eau, car le maïs semence est une culture dérogatoire non concernée par les restrictions imposées entre autres à l'irrigation, ou pour laquelle les restrictions sont moindres. Non cette baisse de productivité, voire cette récolte quasi nulle semble-t-il dans certains cas où l'irrigation n'a pas été contrainte, est due aux températures très élevées que nous avons connues cet été (fécondation perturbée par la chaleur combinée au fait que les plants de maïs utilisés fournissent peu de pollen).

Alors que les premières données fiables remontent à 1900 et que huit des dix années les plus chaudes en France sont postérieures à 2010, cet événement propre à l'année 2022 doit nous interroger. Il doit a minima nous faire réaliser que stocker l'eau lorsqu'elle est abondante est peut être bien une bonne solution pour l'agriculture, mais seulement sous réserve que les cultures que l'on souhaite irriguer supportent les températures de demain.

Tout comme l'urbanisation et l'habitat devront garantir sobriété et confort, les cultures de demain devront nous être utiles, supporter les températures attendues et pour certaines, peut-être toutes, être irriguées.

Comme l'eau ne suffit pas, se contenter d'affirmer qu'il faut stocker de l'eau pour pérenniser les pratiques culturales d'aujourd'hui n'est pas suffisant. Il faut aussi nous raconter ce que sera l'agriculture du futur. Cela pour montrer que cette solution qui doit permettre de garantir la production et le revenu des agriculteurs d'aujourd'hui sur le court terme, est aussi une solution d'adaptation de long terme, même si c'est pour d'autres cultures.

Nous adapter au changement climatique, c'est aussi accepter de renoncer à certaines de nos activités et pratiques. Pour l'agriculture comme pour l'urbanisation, l'habitat, les paysages, les transports, l'industrie, nos loisirs, notre quotidien… pour nous faire accepter le changement, il faut qu'on nous raconte un futur et qu'il soit cohérent.

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