Sabrina BRETONNIER, Marc LAMBERT - Charente Eaux
Charente Eaux et l’ensemble des co-organisateurs ont été ravis d’accueillir en Charente les membres de l’AHSP, venus de toute la France, à l’occasion des journées techniques annuelles, les 8 et 9 juin derniers. 40 hydrogéologues des services publics sont ainsi venus échanger autour des enjeux et spécificités propres à la Charente.
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| Millésime 2023 depuis le belvédère surplombant les sources de la Touvre |
Zoom sur Charente eaux
Charente eaux est un syndicat mixte ouvert créé en 2014 pour apporter une assistance technique et une ingénierie mutualisée aux collectivités membres, dans les 3 domaines de compétences : eau potable, assainissement et les milieux aquatiques.
Ni maître d’ouvrage, ni exploitant, ni bureau d’étude, l’objectif est de mutualiser des moyens humains, spécialisés dans la totalité du cycle de l’eau, pour intégrer une vision systémique sur l’ensemble du département, et même au-delà via les syndicats de rivière.
Concernant l’eau potable, Charente Eaux propose de l’assistance à maitrise d’ouvrage (AMO), de l’aide au pilotage des services et à la gestion et la préservation de la ressource. Côté assainissement, le syndicat apporte conseil, expérience et expertise à travers le service d’assistance technique à l’exploitation des stations d’épurations (SATESE).
Enfin, Charente Eaux propose également l’assistance aux Communautés de Communes pour les transferts de compétence et de maîtrise d’ouvrage en eau et assainissement, prévu dans le dernier volet de la loi NOTRe.
Stratégie de préservation des ressources en eau en Charente
La reconquête et la préservation de la qualité des eaux brutes sont primordiales dans la lutte contre les pollutions diffuses (principalement les nitrates et de nombreux pesticides et métabolites …).
En effet, le seul aquifère de bonne qualité, le Turonien captif (Sud Charente) ne peut pas répondre aux besoins quantitatifs de tout le département. Ainsi, 80% des ouvrages utilisés pour l’eau potable prélèvent dans des nappes alluviales et libres, et sont donc vulnérables aux pollutions diffuses (alluvions, dogger libre, portlandien libre et dans une moindre mesure le karst, étant donné le flux important) (Figure 1).

Figure 1 : Contexte géologique et hydrogéologique en Charente
Reconquête de la qualité des captages Grenelle
Depuis 2005, le programme « Re-Sources », visant à reconquérir et préserver durablement la qualité de l’eau destinée à l’alimentation en eau potable (AEP), est déployé à l’échelle régionale. Ces programmes sur 5 ans permettent notamment de mettre en place des actions foncières, d’accompagner les changements de pratiques agricoles, de sensibiliser des scolaires, de réaliser des études d’amélioration de la connaissance…
En Charente, 5 collectivités compétentes pour l’AEP portent ces contrats « Re-Sources » sur les 8 AAC Grenelle (Figure 2). Pour 9 des 13 captages existants, des moyens humains sont mutualisés à Charente Eaux (4 emplois à temps plein, dont 2 agronomes, 1 géologue et 1 animateur de la démarche).
Pour illustrer les actions mises en œuvre à travers ces programmes, les hydrogéologues de l’AHSP ont été accueillis lors d’une visite sur l’exploitation viticole Guilloteau, propriété de la Maison de Cognac Courvoisier et possédant des parcelles sur l’aire d'alimentation de captage (AAC) La Touche – Prairie de Triac (Figure 3).
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Figure 2 : AAC Grenelle des collectivités exerçant la compétence eau potable en 2023 |
Figure 3 : AAC La Touche - Prairie de Triac et localisation du Domaine Guilloteau |
Cette exploitation viticole (filière Cognac) est engagée depuis de nombreuses années dans une amélioration de ses pratiques et a notamment implanté sur certaines de ses parcelles des couverts mellifères dans le cadre d’un paiement pour services environnementaux (PSE), le Fond de Dotation Ô’Vignes. Ce fonds de dotation a pour vocation de développer, grâce à la participation de donateurs privés, des actions qui répondent aux enjeux de la préservation de la qualité de l’eau et de la biodiversité. Des couverts herbacés, méllifères, économes en intrants sont ainsi développés sur des parcelles engagées par des exploitants, permettant de diversifier l'assolement et d'allonger la rotation sur une durée de 3 ans.
La Chambre d’agriculture, Charente Eaux, qui assure l’animation du programme d’actions Re-Sources porté par l’agglomération de Grand Cognac, et Courvoisier ont présenté l’exploitation et l’action « ferti-viti » pour améliorer la gestion de la fertilisation en vignes.
Cette action a pour ambition d’apporter aux viticulteurs des éléments concrets pour adapter la fertilisation de leurs vignobles sur des AAC dont les eaux brutes des captages sont particulièrement dégradées par les nitrates. Des journées techniques « rallyes fosses pédologiques et couverts végétaux » sont notamment réalisées pour échanger sur le terrain sur les sols, la conduite et les bénéfices des engrais verts en vignes et sensibiliser les acteurs du secteur viticole à la vulnérabilité des captages d’eau potable. Des bulletins techniques sont également transmis régulièrement aux viticulteurs et une expérimentation est en cours sur une parcelle afin de récolter des données chiffrées pour améliorer l’efficacité des apports azotés en limitant les pertes par lessivage.
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Alambique servant à la distillation du cognac |
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Domaine Guilloteau et visite de l'exploitation |
Le karst de la Rochefoucauld expliqué par les spécialistes et les passionnés locaux
Depuis le belvédère surplombant les sources de la Touvre, une présentation à 4 voix a permis aux participants de mieux comprendre le contexte géologique et hydrogéologique de ce système karstique, bénéficiant d’une protection spécifique et complexe.
Les sources de la Touvre
Les sources de la Touvre constituent la 2ème résurgence de France, après Fontaine de Vaucluse. Elles se composent des trois résurgences que sont « le Bouillant », « le Dormant » et « la Font de Lussac », alimentées par le karst de La Rochefoucauld. Si la surface sur karst avoisine les 450 km², le bassin versant des résurgences couvre, lui, près de 1 560 km².
En plus de contribuer directement au débit de la Charente, ces sources sont captées et permettent d’assurer les besoins en eau potable du Grand Angoulême depuis 1889.
De part son caractère karstique, la ressource est caractérisée par « une vulnérabilité forte à très forte, des vitesses de transfert élevées (de 40 m à 130 m/h à 1000 m/h), des écoulements rapides (souterrains et superficiels), un grand bassin d’alimentation, une répartition spatiale des sources de pollutions potentielles éloignées, une évolution naturelle du karst (très peu connue) »1. Cette spécificité a contraient les hydrogéologues agrées successifs à mettre en place une méthodologie pragmatique et applicable par la collectivité.
Le périmètre de protection rapproché est ainsi passé de 225 km² en 2011 à 7,5 ha et l’arrêté de déclaration d'utilité publique (DUP) actuel propose notamment de mettre en place des stations d’alerte (suivi en continu de paramètres avec des seuils), un bassin de temporisation, une amélioration de la filière de traitement (usine nouvelle en 2023), un plan d’alerte et la sensibilisation des acteurs.
Les structures d'altération et d'érosion karstiques
Les paysages karstiques se distinguent du point de vue géomorphologique par la présence de structures (cavernes, grottes, gouffres, dolines d’effondrement…) et de processus d’altérations spécifiques.
Cette singularité a pu être appréciée lors de ces journées techniques au cours de la visite de trois sites d’intérêt majeurs :
- la carrière de Peu Sec, pour visualiser le phénomène de « fantomisation » des calcaires. La karstification par fantomisation est un processus d’altération in situ très lent des carbonates en milieu saturé (en surface et en profondeur) qui nécessite un apport de CO2, soit par voie bactérienne soit par percolation d‘eau chargée en CO2. De nombreuses cavités du karst de la Rochefoucauld ont pour origine la vidange partielle ou totale du fantôme ;
- la Grande Fosse, correspondant à l’effondrement d’une voute karstique et permettant d’observer les figures géologiques consécutives à cette affaissement (appelés « slumps ») ;
- le gouffre de Vielles Vaures.
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Figures de fantomisation |
Pertes du Bandiat au Vielles Vaures |
Références citées dans le texte :
1 de GRISSAC, B., Rapport d'avis d'hydrogéologue agréé, 2018.













