Allande ERRECARRET - SMEP de la région de Jurançon
Le SMEP de la région de Jurançon produit et distribue de l’eau potable auprès de 70 000 habitants. L’eau, qui est 100 % d’origine souterraine, est prélevée dans la nappe alluviale du gave de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Grâce aux actions menées, plus aucun pesticide agricole n’est utilisé sur le champ captant du SMEP.
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| Miscanthus et prairies permanentes de fauche sur le champ captant du SMEP de la région de Jurançon |
Le SMEP, une collectivité pilote dans la préservation d’une ressource en eau vulnérable
Le Syndicat Mixte d’Eau Potable (SMEP) de la région de Jurançon puise chaque année entre 5 et 6 millions de mètres cubes (Mm3) d’eau dans la nappe alluviale du gave de Pau, en amont de l’agglomération paloise (Pyrénées-Atlantiques).
Cette nappe d’eau souterraine, d’une épaisseur de 15 à 20 mètres, est présente dans la porosité (ou les vides) d’alluvions récentes composées de sables, graviers et galets. Les alluvions aquifères sont particulièrement perméables (perméabilités comprises entre 10-2 et 10-3 m/s), et donc très vulnérables aux pollutions de surface.
Le champ captant du SMEP est composé d’une dizaine de puits actifs répartis sur une surface de 170 ha, dont 46 ha de surface agricole utile (SAU). Grâce à une politique ambitieuse de maîtrise foncière menée depuis 40 ans, le SMEP est désormais propriétaire de 80 ha, qui englobent la totalité de la SAU des périmètres de protection rapprochée de ses captages d’eau potable (Figure 1).

Figure 1 : Assolement sur les périmètres de protection rapprochée en 2023
Un arrêté préfectoral qui interdit l’usage des pesticides
L’arrêté préfectoral du 25 octobre 2017 de révision des périmètres de protection du SMEP, a permis d’étendre les zones initiales de protection autour des captages d’eau, et surtout de renforcer les prescriptions applicables. C’est ainsi que l’usage des produits phytosanitaires a été interdit sur l’ensemble des périmètres de protection rapprochée, une première sur le bassin de l’Adour classiquement tourné vers la monoculture de maïs fortement consommatrice d’herbicides.
Aujourd’hui, 100% de la SAU est recouverte de prairies permanentes à légumineuses, ou de cultures sans pesticide telles que le miscanthus (surnommée « l’herbe à éléphant », culture pérenne qui ne nécessite aucun intrant chimique). L’exploitation de ces surfaces est confiée à des agriculteurs locaux, au travers de « conventions de prêt à usage » gratuites et révocables annuellement qui interdisent l’usage de produits phytosanitaires.
Des résultats probants
Depuis 30 ans, les concentrations en nitrates de l’eau potable distribuée ne cessent de décroître, pour atteindre en 2022 un taux moyen de 4,8 mg/L, dix fois inférieur à la norme de potabilité.
Plus récemment, les détections de pesticides ne concernent plus que des molécules phytosanitaires « héritées » ou interdites depuis 20 ans, telles que les triazines, à des concentrations dix fois inférieures aux normes de potabilité, qui sont elles-mêmes mille fois plus sévères que celles des autres biens alimentaires comme les fruits et légumes. Certaines années, comme en 2018, le contrôle sanitaire n’a révélé aucune détection de pesticide sur l’eau potable du SMEP.
Vers le « zéro phyto » sur l’Aire d’Alimentation de Captages (AAC)
Une AAC a été récemment délimitée pour tous les puits de production d’eau potable du SMEP. D’une surface de 550 ha (5,5 Km2), et trois fois plus étendue que les périmètres de protection existants, l’AAC correspond à l’ensemble de la plaine alluviale située entre les coteaux molassiques imperméables (au sud-ouest) et le gave de Pau (au nord-ouest) (Figure 2).
Cette AAC englobe les zones d’appel (aire d’influence où les eaux convergent dans le puits en pompage) de tous les captages du SMEP, sur la base d’isochrones de 200 jours (distance parcourue par une molécule d’eau en 200 jours).

Figure 2 : Carte représentant l'AAC et les zones d'appels des différents captages
Grâce à un accompagnement agronomique individuel des exploitants agricoles et à la mobilisation des MAEc1, le SMEP envisage de viser à court terme le « zéro phyto » sur l’ensemble des surfaces agricoles de l’AAC. La qualité de l’animation territoriale, de la sensibilisation et de l’accompagnement des acteurs agricoles, mais aussi l’appui des services de l’Etat et de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, seront prépondérants dans la réussite de cet objectif exemplaire.
1MAEc : Mesures Agro-Environnementales climatiques, qui se traduisent par une aide à l’hectare, financée par la Politique Agricole Commune et bonifiée par l’Agence de l’Eau, adossée aux réductions d’intrants chimiques.






