Cas du forage de Missillac et de la politique de protection de la ressource en eau d’atlantic’eau
Bruno GRUA - Atlantic'eau
Atlantic’eau a dû fermer récemment un forage contaminé par le N,N Dimethylsulfamide (DMS), un métabolite de pesticide. Ceci, à l’heure où les ressources en eau se raréfient. Le cas de ce captage est évoqué ainsi que la politique d’atlantic’eau qui vise à aller vers l’arrêt de l’usage des pesticides sur les aires d’alimentation de captage.
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| © Pixabay |
Atlantic’eau, le service public d’eau potable en Loire atlantique (Figure 1), conduit de longue date des actions d’accompagnement, en particulier auprès des agriculteurs, pour lutter contre la pollution diffuse par les pesticides. Pourtant, les pesticides sont actuellement présents dans la majorité des ressources en eau exploitées pour la production d’eau potable en Loire atlantique. On observe même une augmentation des concentrations dans l’eau de certains captages.
Différentes solutions de traitement sont mises en place par atlantic’eau pour faire face à cette situation : charbons actifs en poudre, en grains et plus récemment en lits fluidisés (micro-grains). Ces traitements sont cependant coûteux en investissement et en fonctionnement. Ils ne permettent pas non plus de résoudre toutes les situations, notamment l’élimination du DMS.
Le forage de Missillac contaminé par le DMS avait été mis en service récemment, en 2018. Il présentait une productivité certes modérée (500 m3/j) mais sa fermeture fragilise la distribution en eau sur ce secteur. Cette contamination au DMS n’est pas un cas isolé comme le montre la fermeture d’un captage du village de Castellet dans les Alpes-de-Haute-Provence en Juin 2022.
Le cas du captage de Missillac et du DMS
Atlantic’eau conduit des campagnes de recherche de nouveaux micropolluants sur les sites de captage qu’il exploite. La présence de DMS a été détectée à de fortes concentrations (2,6 µg/L) dans l’eau du forage de Missillac alors que la limite de potabilité est de 0,1 µg/l et la valeur sanitaire transitoire de 1 µg/L. Cette dernière correspond au taux maximum à ne pas dépasser dans l’eau potable au-delà duquel un risque pour la santé pourrait exister.
Avant d’être distribuée, l’eau traitée était diluée dans le château d’eau de Missillac avec celle provenant de l’usine de Férel, ce qui conduisait en distribution à une concentration inférieure à la norme pour ce paramètre. Le forage a été néanmoins mis à l’arrêt par précaution.
Le DMS est un métabolite du tolylfluanide, substance active à propriétés fongicides appliquée notamment en agriculture, dans le traitement du bois et dans certaines peintures. C'est également le produit de dégradation du dichlofluanide et du cyazofamide qui sont toujours autorisés mais dont les usages ne devraient pas concerner le forage de Missillac. Le tolylfluanide a été retiré du marché par la décision de la Commission européenne du 9 mars 2010 et il n’existe plus d’usage agricole du tolylfluanide autorisé en France.
La présence du DMS dans l’eau du forage de Missillac est probablement due à des activités agricoles passées dans l’aire d’alimentation du captage de type arboriculture ou maraichage. Pour autant, lors de la caractérisation de la ressource en eau et lors de sa mise en service, les analyses réalisées incluant le tolylfluanide n’ont pas révélé de contamination.
Atlantic’eau a décidé de rechercher cette molécule dans toutes les ressources en eau qu’il exploite. Le DMS a également été retrouvé à des teneurs significatives (entre 0,1 et 1,3 µg/l) dans l’eau du captage de Freigné qu’atlantic’eau envisageait de remettre en service.
Le DMS n’est pas retenu par filtration sur charbons actifs. La chloration est efficace mais on ne connait pas la nature et la toxicité des sous-produits formés. L'ozonation forme de la N-nitrosodiméthylamine (NDMA) qui est un sous-produit cancérigène. Pour éliminer le DMS, il est ainsi nécessaire de recourir à des techniques de traitement de pointe comme l’osmose inverse mais qui aurait une efficacité d’abattement de la molécule de seulement 10 à 50% (Avis de l’Anses Saisine n° 2017-SA-0063). Le traitement par osmose n’est pars ailleurs pas envisageable car il est fortement consommateur en eau et en énergie et il concentre une pollution qu’il faut ensuite pouvoir évacuer.
La poursuite de l’exploitation du forage de Missillac n’est donc plus possible dans des conditions techniques, sanitaires et économiques acceptables. Ceci, sur une durée qui est très vraisemblablement de plusieurs années. La remise en service du captage de Freigné apparait aussi fortement compromise.

Périmètre desservi par atlantic'eau et localisation du captage de Missillac
Présence étendue d’autres métabolites de pesticides
Les travaux de recherche conduits par atlantic’eau ont mis à jour la présence généralisée de l’ESA metolachlore et du chlorothalonil R471811 dans l’eau brute des ressources qu’il exploite. Le chlorothalonil R471811 présente aussi de fortes difficultés de traitement.
Position d’atlantic’eau vis-à-vis de l’usage des pesticides sur les aires d’alimentation de captages
Atlantic’eau est particulièrement engagé dans la prise en compte des risques sanitaires liés à la présence de micropolluants dans l’eau brute. Les objectifs du syndicat sont de reconquérir la confiance des consommateurs dans la qualité sanitaire de l’eau potable en produisant une connaissance la plus exhaustive possible sur les micropolluants et en utilisant des approches pouvant mesurer les effets cocktails comme les bio-essais. Cette politique est menée de façon transparente pour les consommateurs par une communication exhaustive des résultats quels qu’il soient.
En 2020, atlantic’eau a formé en son sein une commission « ressource en eau ». Elle est constituée d’une dizaine d’élus membres du comité syndical d’atlantic’eau et a eu pour mission de définir les objectifs de la politique de protection de la ressource en eau d’atlantic’eau. Cette commission a fait le constat suivant :
- « alors que les normes sont basées sur le principe « la dose fait poison », aujourd’hui il est connu que quelle que soit la dose, la période d’absorption a toute son importance ;
- les filières de traitement sont certes efficaces mais doivent aussi sans cesse être adaptées pour prendre en compte l’émergence de nouvelles molécules ;
- les deniers publics sont utilisés pour corriger des problèmes de qualité qui ont leur origine en amont sur le bassin versant mais cela ne peut pas durer. Il est nécessaire de remonter et d’agir à la source des pollutions ».
Sur la base de ce constat et sur proposition de la commission ressource, les élus d’atlantic’eau ont approuvé le 26 mars 2021 une motion qui définit le cadre de sa politique de la protection de la ressource en eau :
- exiger une eau brute exempte de toutes les molécules qui ont un impact potentiel sur la santé ;
- privilégier le non usage des produits contenant des micropolluants, quelle que soit leur utilisation (agricole, industrielle, communale, domestique...).
Des actions sont menées par atlantic’eau dans ce sens avec notamment :
- la mise en place en 2021 d’une charte « Tous InnEauv’acteurs » qui porte sur le bassin de Saffré de 8 360 ha dont 6 000 ha environ de surface agricole. Le captage de Saffré produit 2 200 000 m3/an et est classé « prioritaire » au titre du Grenelle de l’Environnement. Cette charte fixe un cap : atteindre en 2040 le non usage de produits phytosanitaires de synthèse sur le bassin de Saffré ;
- la demande d’une mesure d’interdiction des pesticides sur le périmètre de protection rapprochée du captage de Massérac dans le cadre de leur révision. Le captage produit 900 000 m3/an et capte les alluvions de la Vilaine. La surface agricole utile concernée par cette mesure d’interdiction est de 133 ha en plus de 667 ha de zone inondable où cette mesure est imposée par ailleurs.
Un cas représentatif
Le cas du captage de Missillac, illustre bien ce à quoi nous expose l’utilisation des pesticides sur les aires d’alimentation des captages :
- le risque de distribuer une eau pouvant présenter un risque sanitaire bien que respectant les normes de potabilité du moment. Ceci, parce qu’elles sont dépendantes de l’état des connaissances et des techniques analytiques ;
- l’impossibilité de garantir à terme la production d’une eau de qualité dans des conditions techniques et économiques acceptables sur certaines ressources.
Ceci conduira inévitablement à fermer des captages ou bien à produire de l’eau à des coûts prohibitifs. Dans un contexte de raréfaction des ressources en eau due au réchauffement climatique, la fermeture de captage est encore moins acceptable que par le passé.
Les actions d’accompagnement visant à lutter contre la pollution diffuse par les pesticides montrent leur limite, c’est pourquoi atlantic’eau cherche à privilégier leur non usage sur les aires d’alimentation de captage.
Dans ce cadre, il apparait légitime de s’interroger sur la possibilité d’interdire l’usage des pesticides sur tout ou partie des périmètres de protection rapprochée. Les hydrogéologues agréés, dans leur rôle de définition de ces périmètres, auraient ainsi la possibilité de proposer un dispositif qui protègerait efficacement les ressources en eau. Le risque de pollution diffuse par les pesticides apparait en effet, dans bien des cas, plus important que celui de la pollution accidentelle pour lequel les périmètres de protection étaient historiquement dédiés.






