Henri PELLIZZARRO - Syndicat mixte du bassin du gave de Pau
Les actions pour améliorer la qualité des eaux souterraines sont nombreuses et mobilisent d’importants moyens. Les collectivités en première ligne de cette problématique ont mis en place des démarches, des partenariats, des contrats qui ne se traduisent pas toujours par une amélioration tangible de la qualité de la ressource en eau. Pourquoi les résultats se font attendre ? Témoignage d’un hydrogéologue confronté à cette difficulté.
![]() |
| Puits en nappe alluviale ceinturé par des champs de maïs |
La question de la qualité de la ressource en eau utilisée pour la production d’eau potable n’est pas une problématique nouvelle.
La réglementation fixant le cadre de qualité minimale pour produire et distribuer de l’eau potable n’a cessé d’évoluer depuis des décennies. Les progrès dans les connaissances sur les impacts sanitaires de telle ou telle substance sont indéniables. Les capacités à les détecter à des seuils de plus en plus bas sont également considérables.
On pourrait donc dire que l’eau potable distribuée n’a jamais été aussi sûre ; et c’est probablement vrai. Pourtant, elle fait l’objet de nombreuses actions de restauration, de traitement, et en même temps, la qualité de l’eau distribuée au robinet suscite parfois un manque de confiance, voire une suspicion des médias comme des consommateurs.
Alors, pourquoi ?
Certainement en raison de ces progrès qui permettent de voir aujourd’hui ce que l’on ne pouvait voir hier ; mais pas seulement.
Une plus forte sensibilité à la qualité de ce que l’on mange, ce que l’on boit, ce que l’on respire tend à focaliser l’attention sur ce produit, pour le moins nécessaire dans notre quotidien. L’expertise sanitaire, la finesse acquise dans l’analyse se sont accompagnées de progrès technologiques dans tous les domaines : industrie, chimie… La productivité a pu ainsi se développer avec l’aide d’outils, de variétés de substances…
Autour des captages qui puisent dans des ressources en eau non isolées des activités de surface, le développement urbain, économique, agricole se fait sentir. L’impact de l’activité agricole, consommatrice d’engrais et de pesticides est particulièrement marqué sur certains territoires. C’est la raison pour laquelle de nombreuses démarches visant à limiter ses impacts ont vu le jour tant au niveau national que local.
Les actions de remédiation
Sans prétendre dresser un bilan de plus de 50 ans de programmes d’actions d’amélioration de la qualité des eaux souterraines, aussi différents et riches que sont nos territoires, quelques constats récurrents peuvent être soulignés.
Des succès, bien sûr, il y en a...
Les démarches de périmètres de protection des captages sont très souvent efficaces pour l’objet qu’elles traitent : les pollutions accidentelles.
Tout n’est pas parfait, mais sur certains territoires la réduction des nitrates d’origine agricole a montré des résultats concrets avec des inversions de tendance grâce à l’implication de tous les acteurs, au premier rang desquels la profession agricole.
Les programmes d’action pour la restauration des ressources en eau ont su créer les conditions d’un partenariat indispensable entre les collectivités en charge de la production d’eau potable et les acteurs agricoles. Impulsés, accompagnés par les Agences de l’eau, les services de l’Etat, les Régions, les Départements… ils ont considérablement amélioré la connaissance du fonctionnement des aquifères.
Les hydrogéologues, particulièrement des services publics, ont mis à profit leur expertise pour contribuer à la compréhension des dynamiques des écoulements souterrains et à leur vulgarisation auprès de tous les acteurs.
...des marges de progrès, il y en a aussi
Sur la problématique des pesticides, les différents plans nationaux écophytos sont restés bien en deçà des ambitions initiales. Les différents avis, jugements, pointent l’absence de résultats dans les objectifs de réduction affichés voire même une augmentation de l’utilisation de ces produits.
Parmi les nombreux programmes d’action locaux de restauration et préservation des ressources en eau, peu se traduisent par une réduction notable des teneurs en produits phytosanitaires dans les eaux.
Bien évidemment, au grès des interdictions de certaines molécules, des baisses sont constatées comme pour l’atrazine, et plus globalement les triazines, le glyphosate, le métolachlore… mais leurs molécules de dégradation sont encore beaucoup détectées.
L’amélioration des pratiques agricoles a certes contribué à raisonner l’utilisation des produits phytosanitaires, mais la capacité des grands groupes chimiques à produire de nouvelles substances trouble la situation.
Substances, pour lesquelles, les process analytiques ont toujours un temps de retard, et qui ne sont détectées, bien souvent, que plusieurs années après leur utilisation, voire après leur interdiction. Substances, qui sont présentées comme non impactantes sur les eaux souterraines jusqu’au jour où elles commencent à être détectées.
Pourquoi continuer ?
A fortiori sur les bassins d’alimentation des captages d’eau potable ? C’est une question complexe, difficile à traiter.
La réponse ne consiste pas à exclure l’agriculture de nos champs captant, au contraire, mais plutôt à la faire évoluer, particulièrement sur ces territoires sensibles, vers un autre modèle compatible avec la production d’eau potable.
On sait
Aujourd’hui, fort de l’expérience acquise depuis des décennies, et de l’amélioration des connaissances sur le fonctionnement hydrogéologique des aquifères, on sait.
On sait, que rien ne disparait, tout se transforme. Quel que soit le produit épandu il finira par être retrouvé : certes dilué, dégradé, transformé, métabolité… (peu importe le terme) mais, à condition de savoir le chercher, il finira par être retrouvé.
On sait (molécule mère, dérivé…) que les impacts sanitaires et les effets sur la biodiversité sont avérés. Ce constat pourra toujours être « nuancé » au grès des classements pertinent ou non pertinent tel ou tel produit…
On sait, si l’objectif est de préserver la ressource, qu’il convient de sortir de ce système sans issue dans lequel l’exploitation de la ressource en eau et un certain type d’agriculture ne sont clairement pas compatibles.
On sait traiter l’eau pour la rendre potable. Mais se pose alors la question du coût de ce traitement. N’est-ce pas le signe d’un échec dans la politique préventive de préservation de la ressource en eau ?
On sait donc théoriquement comment faire : en changeant les pratiques agricoles sur ces bassins d’alimentation de captages. Mais concrètement, on ne sait pas comment faire évoluer les pratiques agricoles sur ces territoires en garantissant un revenu comparable aux agriculteurs.
On ne sait pas non plus comment faire accepter cette mutation par l’ensemble de la profession agricole ; même si chez certains, les mentalités et les pratiques évoluent.
Alors, quoi faire ?
Que peuvent faire les collectivités qui sont en première ligne ?
Certainement poursuivre et accentuer le travail engagé, la mise en œuvre des partenariats, l’animation, le suivi, l’accompagnement vers une évolution… en attendant un vrai changement.
Que peut faire l'Etat ?
Probablement plus que ce qui a été fait jusqu’à présent, avec une politique ambitieuse de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et une aide, au niveau local, pour faire basculer les pratiques par la voie réglementaire lorsque le volontariat ne produit plus d’effet.
Les évolutions rapides liées au changement climatique pourraient constituer une opportunité dans cette nécessaire adaptation. A nous hydrogéologues et acteurs publics de faire preuve du pragmatisme qu’il convient et de lier cette nécessaire évolution qualitative avec la non moins nécessaire adaptation quantitative.
Ne nous trompons pas de stratégie ; ce sont des modifications majeures qui sont nécessaires et des résultats tangibles sur la qualité de l’eau qu’attendent les consommateurs.






